L’adolescence est une période difficile tant pour le jeune que pour ses parents. Quelles est la particularité de cette étape de vie ?

- Vers l’âge de 12 ans, un changement physiologique commence chez l’enfant et par conséquent c’est une période très délicate (entre 12 et 14 ans) à la fois sur le plan physiologique et psychologique. Il y a des enfants qui refusent de grandir. Ils sont effrayés par le changement de leurs corps, ce qui peut entrainer une crise d’angoisse : l’enfant n’arrive pas à dormir, il se pose des questions, il passe par cette rupture entre le primaire et le collège …Et souvent les parents ne s’en rendent même pas compte. Ils pensent que s’il a passé au collège c’est qu’il a grandi. Mais au contraire, c’est une période charnière qui est très importante dans sa vie.

- Donc, cette période traduit un malaise croissant chez l’enfant…

- Oui effectivement, elle traduit un grand malaise chez l’adolescent. Durant cette période tout se met en surface. Et l’adolescent commence à se comparer aux autres, aux élèves de sa classe, aux grands, etc.

- Et il devient aussi très têtu et agressif. Pourquoi tant de violence ?

- Rompre n’est pas toujours facile. L’adolescent a une loyauté envers ses parents, mais en même temps il sent qu’il commence à grandir et cela peut le mettre dans une situation conflictuelle intérieure. Il sait qu’il ne peut pas l’intellectualiser, donc elle se manifeste par la violence ou par une régression. C’est là où les parents sont un peu perdus parce qu’il voit que leur enfant est devant une situation d’attraction/ répulsion, le oui/ non, et cela ne peut pas laisser un équilibre psychique serein.

- Cela se transforme parfois en relations conflictuelles entre l’adolescent et l’un des parents, le père ou la mère…

- Oui effectivement. La fille commence à grandir et à vouloir se mettre du vernis à ongles, du maquillage…La maman peut se rendre compte qu’elle n’a plus une petite fille en face d’elle mais une jeune fille qui est en train de se transformer, ce qui donne lieu quelquefois à la rivalité. Les parents s’inquiètent aussi pour leur fille, une jeune femme qui attire le regard des hommes sur elle, et cela leur fait peur ; ce qui donne des fois des situations où les parents surprotègent l’enfant jusqu’à l’étouffer par moments. J’ai rencontré aussi des rejets chez les papas : le fait que leur fille devienne une jeune femme les mettait mal à l’aise, donc ils repoussent sans que l’adolescente n’en comprenne la raison. Elle se sent rejetée sans savoir pourquoi.

- Pourtant on dit que les filles sont un peu plus proches de leurs pères que de leurs mères. Le conflit et la rivalité sont avec le parent de l’autre sexe, dit-on.

- Bien sûr c’est le sexe opposé. Pour la petite fille, son idéal c’est son père. Le garçon est un rival pour le père, comme la fille est rivale pour la mère. Mais je pense qu’il faut intellectualiser tout cela et savoir que se sont des étapes qui vont passer. Il faut dédramatiser, comprendre, tolérer, donner l’autonomie à l’enfant et accepter qu’il change, savoir que c’est un passage obligé. Il faut que les parents donnent aux enfants leurs passeports pour grandir et être autonomes. Avant l’adolescence, les enfants ne sont pas juges de leurs parents, ils les acceptent. Mais à l’adolescence, ils commencent à leur voir tels qu’ils sont, et cela peut créer des déceptions. Alors ils les rejettent et les comparent aux autres. Ils commencent même à critiquer leurs comportements, la décoration de la maison… absolument tout. C’est normal que l’enfant passe par cette rupture. Cette tranche d’âge, qui est l’adolescence est une période charnière qui ne peut passer dans la douceur. Même ceux qui ne la montrent pas ou ne la mettent pas en surface, tôt ou tard vont la manifester. Alors, il vaut mieux qu’elle sorte au bon moment.

L’essentiel c’est que les parents dont l’enfant vit cette période avec beaucoup de violence, doivent comprendre qu’il faut qu’ils l’accompagnent. Il faut savoir que l’adolescence est la dernière étape d’un développement, après on devient jeune adulte. Il ne faut pas mettre tout sur le dos de l’adolescent, parfois cette violence peut traduire un trouble familial. Il y a des parents qui se plaignent que leur enfant ne veut pas manger avec eux, mais celat être un enfant qui s’isole, et donc il faut chercher les raisons qui le poussent à le faire.

- C’est aussi une période où l’adolescent est plus exposé à la drogue, à la délinquance…

- Tout à fait. Dans cette étape l’adolescent ne se sent pas bien, il veut tout tester. En me temps, l’environnement lui fait peur, alors il s’isole et pense régler ses malheurs avec de la drogue pour s’apaiser…ou bien il commence à être séduit par des gens qui ne sont pas comme lui et qui peuvent l’initier à beaucoup de choses. Il pense que c’est pour un essai d’une fois, mais il peut le refaire plusieurs fois

- Donc c’est là où le rôle des parents est très important…

- Oui, effectivement. Les parents doivent commencer très tôt avec leur enfant, s’ouvrir, inscrire les enfants dans des clubs et les accompagner, le laisser sentir la chaleur familiale…Plus il y a d’ouverture de la part des parents, plus on peut encadrer et maitriser les choses. Parce que c’est à l’âge de 7 à 8 ans qu’on peut apprendre à l’enfant le bien et le mal. Il doit faire cette distinction. Parfois il ne sait pas ce qui est bien ou mal pour lui parce que personne ne lui a jamais appris. Tout simplement parce qu’on ne parle de cela que chez les autres.

A partir de l’âge de 7 ans, on doit commencer à apprendre à l’enfant les piliers de notre religion, les règles qu’il doit suivre, l’initier aux limites…Et surtout il faut avoir beaucoup de patience au début. Et une fois que l’enfant commence à grandir, il faut lui laisser une marge d’intimité. Il n’aimera plus sentir cette proximité physique dans son propre espace. Alors les parents sont invités à respecter cette intimité et à ne jamais la violer. Il faut aussi qu’ils sachent que des fois, l’enfant dans cette phase, peut être gêné par le contact corps à corps, alors il faut être conscient de cela.

Enfin, il faut savoir qu’à partir de 13 ans, l’enfant a besoin de sortir. Les parents doivent gérer ce fait par beaucoup de compréhension et de patience, ils doivent le laisser faire mais en respectant certaines règles : savoir avec qui et où il va aller, le déposer et revenir le chercher. Il faut accompagner cette initiative de socialisation chez l’adolescent. Il faut comprendre que c’est une personnalité à part entière qui peut être enrichie par la pratique de loisirs. Alors il faut l’accompagner mais tout en conservant un degré de protection. Même dans l’habillement il faut accepter qu’il soit différent. A la limite on peut lui dire : « tu peux porter ça à la maison mais pas chez les grands-parents ou à l’école », il faut le laisser un peu faire comme les autres pour qu’il ne se sent pas exclu.

Plus l’enfant sent de la confiance et de l’accompagnement, plus il va se socialiser dans les normes et sans dévier. Mais s’il a en face de lui un « Non » constant, il va tout de même trouver le moyen de faire ce qu’il veut en cachette.

Propos recueillis par: Houria Ben Moussa Menara